Il y a bien longtemps alors que je savais à peine écrire mon prénom en seconde année de maternelle, j’étais déjà sur un PW 50. Autant dire que j’étais en décalage avec les autres élèves de ma classe.
Je prenais les vélos sans roulette pendant les récréations et je jouais avec des enfants plus âgés que moi qui faisaient la même chose que moi. Les difficultés commençaient pour moi, le fossé était déjà présent avec mes camarades et cela n’allait pas s’arrêter là.
Lorsque je suis rentrée au CP, le décalage était énorme, je m’habillais comme les garçons je jouais avec eux, faisant même de la moto avec l’un d’eux. Je partais déjà sur les courses le week-end. En cours, c’était très difficile d’être présente par l’esprit car lorsque je rentrais il fallait que je travaille un minimum pour ne pas décevoir mes parents. Mon problème, c'était le bavardage, j’avais beaucoup de choses à raconter et quand je ne parlais pas, je rêvais, je voyais des Vuillemin, Tortelli et autres rouler et gagner. J’étais hyper envieuse et admirative mais comment partager et expliquer aux autres ce que je vivais, tout le monde s’en moquait.
Les gens nous prenaient pour des gitans avec notre camion et notre caravane. Les filles de classes supérieures se moquaient de moi et n’acceptaient pas ma relation avec les garçons. Il fallait toujours que je me batte pour qu’elles me laissent tranquille. J’ai fini l’école primaire de cette manière en ne supportant plus aucun de mes camarades.
Au collège, je suis arrivée dans une optique totalement différente notre famille avait déménagé à la ville, avant j’étais de la campagne, tout le monde m’avait déjà vu roulé dans les champs et chemins autour, alors que là quand je sortais avec ma moto c’était pour la mettre dans le camion. Nous vivions avec la moto le plus discrètement possible par peur des vols.
Look de campagnarde, des bleus sur les jambes, quand j’allais à la piscine, si j’expliquais, j’étais une mythomane, jusqu’au jour ou j’ai ramené sur un entraînement le caïd du collège, « Abdoul » ! Mon père n’en revient toujours pas ! Depuis ce jour, tout est rentré dans l’ordre. Les profs ne comprenaient pas grand chose à ma situation. D’ailleurs, en 3ème, au moment de mon orientation de fin d’année, je voulais me diriger en seconde général mais les profs voulaient m'envoyer en technologie car j’étais très manuelle, (mon père me faisait changer un piston complètement à 11 ans) ils mélangeaient tout.
Au lycée, pire encore ! Je me suis beaucoup absentée, parfois des semaines, pour aller faire des courses de plus en plus loin, de plus en plus longtemps, et mes entraînements avec Mr Seurat m'occupait beaucoup. Et oui, j’étais à la SIMA ! Le conseiller pédagogique me chopait comme un voyou à l’entrée du lycée pour mettre des mots et des convocations dans mon carnet de correspondance. Je redouble logiquement ma seconde, mon niveau était médiocre ! Je n’avais plus du tout les études en tête. D’ailleurs, je n’avais plus le temps de faire mes devoirs, je quittais les cours vers 17h00, je rentrais chez moi et là je faisais de « l’intervalle training » pendant près de 40 minutes, un jour sur deux. J’alternais avec la chaise, des pompes, abdos et autre exercices d’assouplissements. Je terminais mes exercices assez tard, le temps de la douche, le repas et hop au lit. J’étais a fond !! Avec le recul, j’adorais cette période !! En cours, j’étais à la ramasse complète !! Je passais au niveau supérieur en entraînement moto mais j’étais complètement larguée en cours ! Je faisais les devoirs des cours ou j’étais absente donc je ne suivais pas et je ne comprenais plus rien, je finissais par copier les devoirs des copains… Mes récrées, je flirtais ou j’essayais d’apprendre des leçons si il y avait un contrôle. Bref, du grand n’importe quoi !!!
Après deux années de seconde, je suis partie en BEP en section d’un an. Une nouvelle formule à cette époque. J’ai fais mon boulot en cours et l’avantage c’était que les devoirs étaient rares et donc j’ai pu suivre ma scolarité correctement à mon goût et pas à celui des profs. J’étais toujours autant absente. Les profs me disaient que je n’arriverais pas à avoir mon BEP. Finalement, je l’ai obtenu haut la main.
L’automne qui a suivi à été marqué par ma séparation avec la Sima. Je suis retournée en cours mais la branche que j’avais emprunté ne me plaisais pas et surtout les gens qui étaient dans ma classe étaient en sacré décalage avec ma vie, j’étais prise entre la maturité et la déception. J’ai donc décidé d’arrêter les cours trop de pression des profs trop de décalage… Je n’avais plus envie de rien faire, mon père m’a mis une telle pression pour que je me bouge !! J’ai repris l’enduro, et je travaillais en intérim, ont en bavaient pour payer les frais de moto. Ce que je gagnais ne suffisait pas et du coup mon père sortait le porte monnaie. Là, je me suis dis que ce n’était plus possible !!
Peu de temps après je rencontre TITI, un Assistant Policier des motards enduristes sur les courses. Il me dit que si le métier de Policier m’intéresse, je pourrais intégrer le club en étant Policier et faire mes courses… Travail et passion ?? Un rêve ?? Comment je fais, je commence quand ??
Quelques semaines plus tard, me voilà en entretien à la préfecture pour justifier de ma motivation à devenir Adjoint de Sécurité dans la Police Nationale. Je suis partie 3 mois au centre de formation des Adjoints de Sécurité à Fos sur Mer. A l’issue de cette formation, j’ai signé un contrat de 3 ans renouvelable, suffisant pour voir si le métier me plaisait. J’ai été affectée en CRS (Compagnie Républicaine de Sécurité).
Au travail, j’ai tout connu, la jalousie, l’admiration, la taquinerie, les défis… En règle générale, tout le monde s’est intéressé à ceux que je faisais. Je travaillais avec un ancien de la compagnie, ancien motard au service de la Prévention Routière avec des enfants. J’ai adoré mon travail. Par la suite, j’ai passé mon concours de Gardien de la Paix et j’ai intégré l’école de Police à Roubaix en septembre 2006. Le corps des enseignants avaient assez de préjugés sur moi vu mon dossier sportif et ils pensaient que je ne ferais rien et que je profiterais du système. Mais je n’ai jamais profité de rien, j’ai bossé comme tout le monde et même plus car je m’absentais pour les courses et il a été très difficile de mériter ma place pour le Dakar cette année la. Cette année d’école fut très dure pour moi entre les courses, les études et le Bac que j’ai du passer via le CNED. Je ne sortais pas et je ne profitais pas des soirées étudiantes, je partais sur les courses avec mes cours (quand on veut on peut !). Physiquement, j’étais hyper affuté grâce au sport que je faisais à l’école.
A la fin de cette scolarité, j’ai eu le statut de "sportif de haut niveau" grâce à ma performance au Championnat d’Europe et j’ai été détaché de mes fonctions aussitôt l’école terminée.
Mon métier de Policier me permet aujourd’hui de vivre pleinement de ma passion, ma seule obligation est de représenter l’image sportive de la Police sur les courses et d’avoir de bons résultats pour continuer à avoir mon statut. Je suis une grande privilégiée. J’ai été récemment deux fois marraine de sortie de promotion des motards de la Police Nationale et j’en suis très fière. Je vais participer, grâce à mon expérience, à la prochaine formation des motards en passant quelques journées avec eux afin de les aider à mieux rouler en tout terrain.
Voilà, vous en savez un peu plus aujourd’hui sur ce drôle de "sponsor"
Une chose est sûre aujourd’hui, si je n’étais pas Gardien de la Paix, LULU n’existerait plus depuis longtemps …
Bises à toutes et à tous,
LULU
© Photo : Vincent Bedos
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