Lettre ouverte à la FFM
Monsieur le Président,
Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps…
Je croise chaque jour, des responsables de magasins, des pratiquants, des organisateurs, des jeunes, des vieux, des professionnels et des amateurs, des femmes et des débutants, Monsieur le Président, et il y a aujourd’hui un malaise de plus en plus important, de plus en plus grand.
Ce n'est pas pour vous fâcher, mais il faut que je vous dise, Monsieur le Président, avant que ma décision ne soit prise et que je m'en aille déserter, tout ce qui me pèse et qui redonnerait peut-être à mon sport un peu de gaieté…
Notre sport évolue si vite. Je me rappelle, un peu nostalgique, du temps où tout fonctionnait simplement, sans heurt, sans souci. On pensait le temps figé. Mais d’un coup, d’un seul, tout fut chamboulé.
Les circuits se mirent à fermer, à cause des villages en expansion, du bruit des 4 temps, de la fatigue des bénévoles.
Les Championnats Nationaux se désemplirent petit à petit. Faute à l’augmentation des frais d’autoroute, de gas-oil et la diminution des primes. On finit dernièrement par regrouper les Championnats les plus relevés et avoir quand même du mal à remplir les grilles…
Les normes techniques changèrent aussi. On regarde aujourd’hui avec consternation le contrôleur technique marquer à la peinture la culasse que nous ne savons même pas démonter (et dont l’opération prendrait 2 jours entiers) mais porter à peine attention à ce collecteur rouge écarlate, limite de la fusion, sans protection et qui a déjà fait de nombreux brûlés ces 5 dernières années…
La motivation des jeunes augmenta elle aussi au fil du temps et il devint commun d’arrêter l’école de plus en plus tôt pour toucher du doigt le rêve de devenir pilote professionnel… Avec à la clé, beaucoup de désillusions…
La crise économique s’abattit sur le monde entier, nous rappelant que nous étions des nantis et qu’une simple baisse de notre marché florissant pouvait remettre en question le sport amateur, professionnel et détruire notre plaisir dominical.
Et enfin, ces 50 dernières années, l’être humain a saccagé la terre avec toutes les mauvaises raisons qu’il a pu imaginer. La moto peut être une pollution, c’est certain, ou au contraire une manière de sauver notre nature (possibilité de se glisser là où les gros véhicules ne peuvent plus aller), suivant l’utilisation qu’on en fait. A nous d’agir dans le bon sens.
Je me permets de vous donner mon point de vue de pilote professionnel, redevenant petit à petit amateur, hier jeune, aujourd’hui dans la fleur de l’âge et demain vétéran, organisateur d’épreuve régionale, puis Nationale et Internationale, bénévole et professionnel dans le monde de la moto, globe-trotter du Mx…
Circuits d’hier et d’aujourd’hui
La France possédait hier encore les plus beaux circuits de Motocross et nous avions la chance de compter près de 10 circuits de GP. Aujourd’hui, seul 2 clubs sont capables d’organiser un MxGP et à peine 10 ou 15 circuits offrent une réelle préparation du terrain. 9 circuits sur 10 sont mal tracés, mal entretenus, mal arrosés, dangereux, coûteux, inesthétiques au possible, et n’apportent aucun plaisir au pilotage des machines modernes.
C’est un peu comme si Lance Amstrong montait toujours des cols de montagne par les chemins blancs caillouteux avec son vélo carbone…
Pas de formation, pas d’information, pas de conseils alors que ces circuits sont l’outil premier du crossman. Sans eux, pas de course, pas d’entraînement, donc plus de licence… Il est temps aujourd’hui de réécrire avec les pilotes et les organisateurs ce que doit être un terrain de Mx, en n’omettant aucune notion : l’entretien du terrain, la sécurité du pilote et le plaisir…Tout cela pour le bien de tous.
La pollution sonore
Comment ignorer ce fléau ? Si le public se déplaçait en masse dans les années 50 pour écouter les machines « vrombissantes », il est aujourd’hui impossible, même pour nous pilote, de continuer à accepter ce vacarme qui mène petit à petit à notre extinction pur et simple.
Comment peut-on penser que les performances d'une moto sont améliorées par un échappement court ? Le pilotage devient plus facile au contraire sans et les motos gagnent en allonge, le moteur devient plus souple et les 450cm3 redeviennent accessibles.
La deuxième bêtise, la plus grave, tient des contrôles techniques, ou on vérifie les machines au ralenti et non en dynamique, des contrôles validés par un OK, feu vert pour polluer impunément…
J’ai déjà roulé avec un silencieux 92 décibels, c’est mieux. Mais j’ai surtout roulé avec une WRF 450 et là, on atteint un niveau sonore parfaitement tolérable, même pour le pire ennemi du deux roues. Et pourtant, au contrôle sonomètre, il n’y a que 2 décibels de différence avec la moto de Philippaerts ou celle de Musquin… Ce n’est pas vraiment le cas en dynamique !
Rouler sans bruit, ce n’est pas un conseil, ni un luxe. C’est une obligation pour garder nos circuit et notre sport.
Protections des pilotes
Les contrôleurs techniques interdisent aux pilotes de rouler avec des pare-pierres homologués CE. Pour commencer, c’est interdit par la loi et on ne peut décemment pas revenir sur des homologations européennes. Le but de la protection à écaille, comme ils l’appellent, est d’arrêter les blessures amenant à la paralysie. C’est une hérésie. La plupart des blessures graves viennent d’une torsion du tronc et non d’un choc sur les vertèbres. Mais agir, même mal, est politiquement très correct aujourd’hui.
A côté de cela, les collecteurs incandescent restent nus, les barrières en bois sont installées à ras les pistes, les sauts sont mal dessinés, et les protections ayant prouvées leur efficacité comme les coudières, les orthèses de genou, les bottes haut de gamme sont ignorées…
Aujourd’hui, il me suffit de mettre une dorsale type écaille, et je peux rouler à Bercy avec une paire de bottes vieilles de 10 ans à 99 euros, sans genouillère, sans coudière, sans lunette, avec un casque neuf, type CE, acheté dans le commerce à 99 euro et 3 tailles trop grand.
Pourquoi est-ce que cela n’arrive jamais ? Tout simplement parce que le compétiteur connaît ses forces et ses faiblesses et qu’il est grand temps que la FFM laisse prévaloir le bon sens des gens plutôt que de stupides règlements.
Enfin, il faudra m’expliquer ce que vous allez raconter aux enfants, quand il verront James Stewart rouler sans pare-pierres à Bercy en Novembre. 2 poids 2 mesures ? L’argent et les intérêts passent au-dessus des lois…Triste…
Jeunesse, études et Championnats de France
Le dernier point qui me tient à cœur concerne les jeunes. Quand je vois l’investissement des parents et les absences répétées de nos chères têtes blondes à l’école, les kids arrêtant l’école pour suivre leur rêve…Impossible, je pense qu’il est cette fois de votre devoir d’agir.
Il est impensable qu’un Championnat se court tout au long de l’année. Il y a des périodes scolaires, utilisons les !
Le Junior se vide peu à peu et les sudistes ne peuvent plus se permettre de faire 3 courses en Picardie, et vice-versa. Il est donc temps de programmer un Championnat de France Cadet et Junior, en juillet ou en août, avec un grand week-end de 3 jours (essais le vendredi, 2 manches le samedi et 2 manches le dimanche), et qui déterminerait officiellement le Champion de France de l’année.
Cela permettrait à tous les pilotes de France de venir tenter leur chance. Aux journalistes, qui ne se déplacent quasiment plus, de suivre l’événement, et enfin aux pilotes de poursuivre leur scolarité et aux parents de ne pas flamber les quelques économies de la famille…
Concernant le Minivert, encore plus coûteux, n’hésitez pas à faire une Zone Sud et une Zone Nord, et organiser une belle finale durant l’été !
Côté catégorie, il est temps également de remettre à jour le Minivert 125cm3 pour les jeunes de 13 à 16 ans. Certains n’ont plus rien à faire sur un 85cm3 mais il impossible pour eux de se battre contre des Juniors de 17-18 ans qui ont le rythme Elite !
Pour le Junior, même constat. Il faut laisser libre choix de la cylindrée (150cm3 4 temps, 250cm3 4 temps, 125cm3 2 temps ou encore 150cm3 2 temps suivant le gabarit et les moyens du pilote) et élargir le Championnat au 16-20 ans afin de les préparer au mieux pour l’Elite si difficile et si relevé aujourd’hui.
Vous le voyez, Monsieur le Président, il y a beaucoup à faire et rien n’est impossible. Les urgences sont l’éducation scolaire de nos jeunes, de même que l’éducation des traceurs de pistes et des contrôleurs techniques, l’abaissement des coûts pour tous, la sécurité et évidemment, une diminution des nuisances sonores.
Si Boris Vian a écrit le déserteur pour critiquer un système militaire hors d’âge, j’espère que cette lettre pourra servir à changer les choses durablement, pour que nos Champions d’aujourd’hui soient fiers de leur fédération et de leur pays…
Les talents de demain pourraient gagner à l’étranger grâce à vos décisions, ou ne plus rouler du tout dans le pire des cas…
© Pierrick Paget
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